Nevers esplanade du Château
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ESPLANADE DU CHATEAU à NEVERS
- Le palais ducal, commencé dans la seconde moitié du XVe siècle, fut bâti à côté d'un château plus ancien qui, par des souterrains communiquait à Saint-Gildard et à la Passière. Il était fortifié en 1574. La cour était close par un mur crénelé, que Charles de Gonzague remplaça par une belle grille en fer. La Révolution fit transporter cette grille à Demeurs près Guérigny pour en faire des piques ; mais elle ne fut pas utilisée et, en 1796, on la rendit au citoyen Mancini.
Le château est un long rectangle à deux étages dont on admire l'ensemble et spécialement la tour du milieu qui offre une série de bas-reliefs exécutés vers 1850 en remplacement des anciens détruits par le temps et dont la tradition seule rappelait la forme. Ils représentent des armoiries et des emblèmes de la maison de Clèves. Le travail fut fait par les sculpteurs Jouffroy et Cirode.
Le 4 septembre 1793, la mairie qui était en la ci-devant abbaye de Saint-Martin s'installa au château ducal et le 16, le citoyen Fouché, représentant du peuple, assisté du Conseil général de la commune, en prit officiellement possession.
Les administrateurs de la commune de Nevers avaient offert au citoyen Mancini de lui payer le loyer du château. Il refusa par la curieuse lettre suivante :
« Paris, 25 août 93 »
- Citoyens Administrateurs,
« Je reçois de l'instant la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 12 de ce mois et je suis infiniment sensible à tout ce qu'elle contient d'obligeant pour moi ; mais des deux propositions que vous me faites il y en a une que j'accepte avec le plus grand plaisir et vous jugerez bien que c'est celle de déclarer par écrit que je prête bien volontiers une partie de ma maison pour y tenir provisoirement l'hôtel de ville. Vous trouverez ci-joint la susdite déclaration que je signe bien volontiers.
Quant à votre seconde proposition, c'est-à-dire celle de recevoir un loyer de vous, citoyens administrateurs, elle me répugne trop pour que je puisse y consentir et vous trouverez bon que je m'y refuse. Nous devons en agir entre nous comme frères et des frères ne paraissent pas devoir s'entr'aider pour de l'argent.
Si vous jugez à propos d'accorder de temps en temps quelque petite gratification à mon concierge, le sieur Lethuilier, il vous servira avec zèle, je ne m'opposerai pas à cette générosité de votre part et c'est la seule que je puisse accepter.
J'ay l'honneur d'être avec une parfaite considération, citoyens administrateurs, votre très humble et obéissant serviteur ».
« Mes Concitoyens, messieurs les Administrateurs de la commune de Nevers ayant désiré que je leur prétasse une partie de ma maison pour y tenir provisoirement l'hôtel de ville, je déclare avec grand plaisir que je consens de tout mon cœur, la présente déclaration devant leur servir à cet effet de titre légitime et spécial ».
- Citoyens Administrateurs,
- Le 28 germinal an IX (18 avril 1801), le Conseil général considérant que les tribunaux criminel, civil et de commerce sont provisoirement installés au château ducal où on pourrait encore placer la justice de paix et la mairie, émet le vœu que la maison conventuelle de Saint-Martin, attribuée au département par la loi du 15 prairial an VI (3 juin 1798) soit donnée en échange du palais ducal. Renouvelant ce vœu, le 1er prairial an X (21 mai 1802) le Conseil général faisait remarquer que les propriétaires (1) du palais voulaient le vendre à des conditions qui paraissaient avantageuses, qu'on y avait déjà fait bien des réparations, que le tribunal criminel regarde seul le département, les tribunaux civil et de commerce concernant l'arrondissement de Nevers.
A la suite de la loi du 17 floréal an XI (7 mai 1803) le département acquit, pour dix mille francs le logement des trois tribunaux criminel, de première instance et de commerce dans le château, mais la commune de Nevers ayant des droits dans cet immeuble, le Conseil général pensa le 1er floréal an XII (21 avril 1804) que la ville devait devenir seule propriétaire à la charge par elle d'assurer à perpétuité, dans le grand château, l'établissement du tribunal criminel et de ses dépendances.
Le 10 janvier 1809, le Conseil donna un avis favorable à la ville qui demandait à obtenir la propriété totale du château. Enfin dans sa session de 1849 le Conseil décida que le département deviendrait seul propriétaire du château moyennant une indemnité de cent mille francs, qu'il acquerrait les maisons qui sont sur le côté gauche et les ferait abattre pour déblayer la place, et que la ville ferait de même pour le côté droit (2).
La ville avait fait placer au deuxième étage les musées céramique, des médailles et des antiquités, mais aucune affiche ne l'indiquait au public qui ne savait même pas que ces musées étaient ouverts tous les dimanches, de midi à trois heures du soir.
Dans les jardins qui sont agréablement tracés, on a placé les bustes d'Adam Billault et de Claude Tillier.
Au-dessus du cadran solaire du palais ducal, on avait mis cette inscription qui fut longtemps lisible : Ces heures de la iberté ont été placées l'an IV de la République française une, indivisible et impérissable, le soleil entrant au solstice d'été, par décret de la Convention nationale Pittet fecit.
Ce cadran, d'abord tracé suivant le système des 12 heures, fut rectifié en l'an II par Pittet suivant le système décimal. Voilà pourquoi on parle des « heures de la liberté » par comparaison avec celles de « l'esclavage ».
Bouys, l'auteur du cadran solaire de Saint-Cyr (1781) propose en fructidor « des inscriptions et ornements allégoriques et révolutionnaires pour le nouveau cadran du château analogues aux sentiments républicains qui vous animent et répondant à la majesté qui doit entourer la municipalité ». Cette demande n'eut pas de suite.
On a déposé au Musée de la Porte du Croux une pièce de canon, cerclée en fer, trouvée en 1840 dans les fouilles faites sur la place du Château. Cette pièce se chargeait par la culasse avec des boulets de pierre dont plusieurs spécimens ont été placés à côté.
En 1848, un arbre de la Liberté fut planté au milieu de la cour d'honneur à la suite d'une grande cérémonie, en présence de la garde nationale, de la garnison, de la gendarmerie, etc. L'évêque Dufêtre présida cette cérémonie accompagné de tout son clergé. Les troupes défièrent ensuite devant les autorités aux cris de : Vive la République !
L'esplanade a été un peu rétrécie du côté de la place des Récollets pour laisser un passage au théâtre lors de sa construction. Du côté de la rue Sabatier se voyait un établissement de bains. Pendant la guerre le propriétaire n'ayant pu se procurer eau, chauffage, éclairage, a fait supprimer les bains et transformer l'établissement en maison d'habitation.
(1) C'est-à-dire la duchesse de Cossé-Brissac.
(2) L'Almanach du département de la Nièvre, pour l'année 1822, dit : « L'acquisition du Château, pour la partie qu'occupaient les tribunaux, a été faite le 29 septembre 1810, au nom du département, par le préfet »
Victor GUENEAU dans Mémoires de la Société académique du Nivernais – 1924/T26